Daniel Odier


Daniel Odier, né le 17 mai 1945 à Genève en Suisse, est un écrivain, poète, romancier et essayiste suisse, également promoteur du shivaïsme cachemirien. Il a aussi publié des romans policiers sous son patronyme et sous le pseudonyme Delacorta.

Pour Daniel Odier, il est temps d'aller à l'essentiel. Après une vie consacrée à la recherche spirituelle qui l'a conduit à se rapprocher des plus grands maîtres du XXe siècle, il nous expose ici la quintessence de leur enseignement. Nul besoin de nouvelles doctrines à suivre, qui nous enfermeront dans de nouvelles croyances; il faut au contraire abandonner carcans et certitudes pour entrer dans la joie pure -; c'est-à-dire explorer la vie avec passion, et retrouver la spontanéité et la liberté.

 



 

La Voie

Le mot "Tantra" dérive de la racine "tan" qui signifie l'étendue, la totalité. Il suggère également la trame d'une étoffe. Cette voie mystique a profondément marqué le bouddhisme et l'hindouisme tout en conservant ses propres caractéristiques shivaïtes.

Transmis par de nombreuses lignées dont certaines trouvent leur source il y a cinq ou six mille ans dans la vallée de l'Indus, le Tantra est une voie non-duelle qui est parvenue à son apogée entre le septième et le treizième siècle, dans le royaume d'Oddyâna, au Cachemire voisin et en Assam, situé aux antipodes de la chaîne himalayenne. D'Oddyâna, Padmasambhava introduisit le Tantra au Tibet au huitième siècle, alors qu'à la même époque il se diffusait dans toute l'Inde et au Népal mais aussi en Chine, au Japon et en Indonésie.

Mon maître, la yoginî cachemirienne Lalitâ Devî, appartient à l'école Kaula (la voie absolue, la totalité cosmique dans le corps du pratiquant) et à la lignée Pratyabhijñâ du Tantra qui, unie à la lignée du Spanda, représente la voie tantrique la plus dépouillée. Elle se réfère directement à notre essence originelle. Pratyabhijñâ signifie "reconnaissance spontanée" et Spanda: "frémissement, vibration intérieure" qui émerge lorsque le pratiquant s'identifie au cosmos.

Le travail du yoga cachemirien, décrit dans le Vijñânabhaïrava Tantra, le plus ancien texte sur le yoga qui nous soit parvenu, est celui d'une reconnaissance spontanée de notre essence divine ou absolue qui se traduit par le frémissement intérieur de la non-dualité. Cette voie est celle que je pratique et enseigne, on l'appelle aussi Sahajiyâ, ou voie de l'éveil spontané.

La quête tantrique est entièrement axée sur l'idée qu'il n'y a rien à ajouter ou à retrancher à l'Etre, car il possède l'essence absolue. Située au-delà du dogme, de la croyance, de la religiosité, des préceptes moraux, c'est une ascèse laïque par excellence, totalement intégrée à la réalité de la vie quotidienne. C'est une voie féminine et sphérique qui inclut la totalité des êtres et reconnaît pleinement la puissance de la femme. C'est une voie de retour à la source originelle, à l'être embryonnaire qui inclut la totalité.

Abhinavagupta, le grand philosophe tantrique qui vécut au Cachemire au Xème siècle, donne dans l'un de ses poèmes cette merveilleuse définition de la voie absolue:

"D'emblée situe-toi hors de la progression spirituelle,
hors de la contemplation,
hors du discours habile,
hors de la recherche, hors de la méditation sur des divinités,
hors de la concentration et de la récitation des textes.
Quelle est, dis-moi, la Réalité absolue qui ne laisse place à aucun doute ?
Écoute bien! Cesse de t'accrocher à ceci ou cela et, résidant dans ta vraie nature absolue, jouis paisiblement de la réalité du monde."

L'approche d'Abhinavagupta et de tous les maîtres tantriques de la tradition Kaula est d'exposer l'enseignement en commençant par la voie absolue ou le sans-voie (anupâya) pour aborder ensuite les trois voies traditionnelles. Chaque pratiquant peut ainsi saisir l'enseignement au point le plus haut auquel il ait accès.

 

- Le sans-voie (anupâya)

"Lorsque transpercé d'une puissante grâce, n'ayant entendu qu'une seule fois la parole du Maître, il discerne la réalité absolue par lui-même, l'absorbtion en Shiva est indépendante de toute progression" , dit Abhinavagupta. Cet être, libéré sur le champ, n'a aucune pratique à accomplir, tout est l'expression du "Je suis".

 

- La voie divine d'absorbtion immédiate en Shiva/Shakti (sâmbhavopâya)

Si l'on ne peut pénétrer d'emblée l'absolu, certains êtres exceptionnels sont touchés par la grâce d'une grande liberté qui les conduit rapidement à l'identification à Shiva/Shakti. C'est la voie du pur désir, accessible à celui dont le Coeur est ouvert. Ce héros est immédiatement plongé dans l'univers non duel et ne rencontre plus jamais la confusion. C'est la voie d'un éveil spontané et définitif que rien ne vient ternir. Le tantrikâ se tient, vif et alerte, dans une unité continue. Il n'y a plus chez lui de différenciation sujet/objet. Tout n'est que Conscience vibrante en laquelle émergent et disparaissent toutes traces, toutes formations mentales, tout sens de la séparation entre lui et l'absolu. C'est l'essence simple et nue de l'amour divin.

Ce libéré se tient détendu, présent à toute chose, immergé dans le divin.

 

- La voie de l'énergie de la raison intuitive (sâktopâya)

Lorsque la pensée dualisante s'est apaisée, grâce à l'initiation directe des déesses ou à l'enseignement du Maître et des textes sacrés, le tantrikâ "efface l'odeur de la dualité" grâce à sa raison intuitive. Cette voie est au-delà des divers yoga et des pratiques destinées à affermir le yogin dans la perception non-duelle. Ce pratiquant voit toute chose comme égale à Shiva/Shakti. Tout n'est que Conscience. Les moyens habiles sont en rapport avec le connu, ils ne peuvent dévoiler la Conscience. "Tout ce qui est prescrit ou interdit ne peut servir d'accès ni obstruer la voie de la suprême Réalité" , dit Abhinavagupta.

Ce yogin réalise qu'il n'est pas lié par l'acte karmique, qu'il n'y a pas d'impureté ni de dépendance et que rien ni personne ne peut le priver de Conscience. "Alors, pénétré de l'indentité du Soi et de la Conscience, du corps et de la Totalité, il est l'égal du Divin."

 

- La voie de l'individu et de la pratique (ânavopâya)

Ici, l'accès se fait au moyen des divers yoga: méditations, visualisations, pratiques enseignées dans le Vijñânabhaïrava Tantra. Progressivement, le pratiquant se libère de la dualité, des noeuds intimes qui empêchent l'éclosion de la Conscience, des routines circulaires, de la peur, de l'angoisse et du sentiment d'être un individu isolé. Peu à peu l'ego se distend, la présence devient continue, la Conscience émerge et la non-différenciation du tantrikâ et de l'univers prépare le yogin à la voie de la raison intuitive. Ces trois voies ne constituent pas des étapes, elles mènent toutes à la Conscience. L'enseignement ne les utilise pas mais les mêle en fonction de chaque pratiquant, de chaque instant. "Seul l'amour est divin dans cette voie sans illusion. Nul yoga, nulle ascèse ne peut mener à lui.

 

Site internet : www.danielodier.com


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